TOUS LES NOMS ET LES HEURES ONT ÉTÉ CHANGÉS
MAIS TOUT EST VRAI
8 mars 2012
7h15: En même temps que mon réveil, je découvre un SMS sur mon mobile: Ariane me demande de la rappeler
8h:
En finissant de m'habiller, j'écoute France Inter, témoignages de
femmes arabes...c'est vrai que chez nous c'est loin de ce qu'elles
vivent, on ne nous lapide pas, on ne nous viole pas impunément (?), on ne meurt pas ( pourtant on se souvent de la jeune femme qui se jeta par la fenêtre chez Orange) .
Je marque dans un coin qu'il faudra signer la pétition.
8h15: Je
m'apprête à partir, mon mobile grésille, je réponds, c'est Hélène, 49
ans, 25 ans de boîte, licenciée pour "être asociale, ne pas savoir
travailler en équipe(...) avoir terni l'image de l'entreprise".
Effondrée. Vite fait
on balaie ses feuilles de paie : de toute évidence la direction dénie non seulement l'accord NAO, mais aussi l'accord égalité, sans compter le plan sénior.
10h:
J'arrive au bureau après 1h30 debout dans les transports, quelques
incidents dans le métro et un contrôle de billet par la milice de la
RATP.
Un mail d'Ariane m'attend, je l'appelle, promets de passer la voir le soir à la sortie de son job chez le client...mais ce soir elle va quitter tard car elle doit livrer une correction. Je lui demande si elle est
en forfait jour , NON,
en Tea, NON
si elle déclare des heures sup, NON,
en tout cas, vu la masse de corrections ,elle ne pourra pas livrer avant au moins 20h30,
nous convenons d'un rapide rendez-vous vers 19 h, devant le siège du client à La Défense.
10h15
: 5 mails de demande de renseignements sur des cas divers, je promets de
répondre après avoir consulté la loi et la jurisprudence.
12h : Distribution de tracts
14h
: Je compulse le Code du travail, la convention Syntec, les accords
du groupe, Liaisons sociales, les arrêts de la Cour de Cassation Sociale
pour répondre au mieux aux questions posées par les collègues
En même temps je relance une série de tests sur le site de vote électronique: franchement, mes doutes s'accumulent
16h20
: Un message d'un autre collègue, il me demande si son salaire est
conforme aux minima Syntec, on vérifie, durant trois ans il était en
dessous...
16h40: Marlène me rappelle pour me dire qu'elle n'a
toujours pas de retour sur sa demande de recours suite à un premier
refus de télétravail, pourtant on (son chef de projet) lui a demandé de faire du télétravail
de chez elle "pour dépanner".
16h50 : Luc, un jeune papa dont
l'enfant a été hospitalisé me demande comment faire pour obtenir les
trois jours inscrits dans l'accord égalité, sa Responsable Ressources Humaines lui dit de prendre
des congés payés ou des RTT, et ignore (?) l'accord pourtant signé par
toutes les organisations syndicales et dont le groupe se vante dans la
presse.
17h : Un jeune candidat de notre liste électorale entre dans le
bureau sans frapper : "tu sais ce que vient de me dire mon Ressource Manager? Que
maintenant que je suis syndicaliste , je peux toujours attendre une
nouvelle mission.Textuellement, il me dit qu'ils ne peuvent plus me faire confiance."
J'appelle immédiatement Victor, le DRH, et lui demande un entretien ASAP.
18h
: Victor me reçoit : " Que vous arrive-t-il ma chère ? Il arrive que
votre management fait pression sur un des candidats de notre liste, je
suppose que vous connaissez la loi (délit d'entrave)? Victor promet de
faire un rappel de la loi par mail aux managers, mais ne veut pas me
mettre en copie, même cachée, je ne saurai donc jamais si cela a été
fait.
18h40 : Je fais la liste du reste à faire : une réponse à donner à Sophie, Naïma, Stefano , Jonathan, Béa, un autre SMS qui m'alerte de la tension chez le client X, une question DP à préparer sur ce cas et une autre sur les heures sup demandées aux stagiaires à dénoncer...
19h : Ariane arrive à s'éclipser de son site client, elle
m'attend dans le hall, elle me raconte en larmes, le dénigrement de son
travail, les humiliations, les sous-entendus sur sa couleur de peau, sur
ses origines: sur sa carte d'identité, il est écrit "Nationalité
Française", née à Bamako...
Je lui explique les méthodes des
"harceleurs": humilier par petites piques répétées, balancer des vannes
sexistes ou racistes, soit disant pour rire, pousser les personnes à la
réplique impulsive, les faire craquer devant le client...pour ensuite
les accuser de faute.
19h30: Dans le métro, je me replonge dans Aristote : "L'Ethique à Nicomaque"
21h: J'arrive chez moi, ils ne m'ont pas attendue pour le dîner.
Ma fille vient juste de souffler les bougies de son anniversaire.
...Si monde social m'est supportable, c'est parce que je peux m'indigner
(Pierre Bourdieu)

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